..Bientôt, bientôt..

Mars, avril, mai..Bientôt tu vas fêter tes 4 ans, le 02 mai prochain, dans un mois..Un mois que j’ai passé à t’attendre bien sage dans ma chambre « 110 ». Après une douce journée passée au soleil, rien ne présageait une fin de journée pareille..

Voilà quelques mois que j’ai appris que tu poussais en moi, quelques mois que l’on m’a diagnostiqué un placenta praevia. Rien de bien méchant, les conseils donnés étaient simplement de continuer à vivre normalement, bien entendu, en tenant compte que je portais en moi une jolie petite poupée dont il fallait prendre soin.  Et puis cette fin d’après-midi d’avril a décidé que finalement il fallait vraiment me mettre au repos, prendre soin de moi, de nous..

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Quelques saignements, un petit tour par la clinique près de la maison pour un contrôle de routine, s’assurer qu’il n’y a rien de trop important..Finalement, à la demande du personnel soignant, après analyses et examens, on me donnera quatre jolies pilules à avaler à dix minutes d’intervalle, afin de tenter de stopper les contractions. Je serai transférée en ambulance à l’hôpital, accompagnée par la sirène et le gyrophare (un véritable « son et lumière », la grande classe!) une grande première.  Après de longues heures d’attente et d’angoisse, (on m’avait quand même annoncé que tu étais en train de venir au monde, je n’avais pris aucun cours de préparation à l’accouchement..), après plusieurs examens, échographies, monitoring, je serai simplement installée dans une chambre à minuit passé(« chambre double », que je  découvrirai au petit matin). Une infirmière me chuchotera son prénom et me glissera à l’oreille l’heure prévu du petit déjeuner..6 heures !

Ton papa a géré cet événement avec beaucoup de calme, de douceur. Il a suivi l’ambulance, m’a retrouvé à l’hôpital, m’a soutenu comme il pouvait..Il a fait de nombreux allers-retours, m’a préparé quelques affaires (pour quelques jours seulement, ne connaissant pas ma date de sortie..) C’était un jeudi, ton papa était en repos, il ne travaillait pas, une chance ! C’était un 7 avril, ta date de naissance prévue était le 8 juin..Bientôt, bientôt..

Je me suis demandée ce que je faisais là, j’ai eu beaucoup de mal à m’endormir, je ne sais pas si j’ai dormi..les hôpitaux sont loin d’être des endroits doux, calme et reposant ! Transmissions des informations entre les équipes à pas d’heure, passage dans les chambres à pas d’heure, petit déjeuner, déjeuner et dîner à 6h00, 11h30 et 18h !

Je suis perfusée, j’ai eu le droit à une ENORME seringue plantée dans la fesse afin d’y faire passer un produit qui fera mûrir tes poumons plus rapidement, au cas où..Au cas où? Mais je ne suis qu’a 32 semaines de grossesse..Si tu viens au monde maintenant, tu seras toute petite, avec certainement des difficultés pour respirer, t’alimenter..J’étais loin d’imaginer ta venue au monde aussi vite, avec papa on avait pas encore fait le choix de ton prénom, on était pas préparé, on était pas prêt..

Papa a passé son week-end entre la maison et l’hôpital, à s’occuper du quotidien, et à prendre soin de nous. Nous attendions avec impatience de savoir à quel moment nous pourrions rentrer chez nous, réunis tous les trois..Bientôt, bientôt..

Après trois jours passés au repos, après de nouveaux examens, une nouvelle échographie, les médecins m’ont annoncé qu’il ne préféraient pas prendre le risque de me faire rentrer à la maison. Tu peux venir au monde à n’importe quel moment, je dois être sous surveillance et au plus près du bloc opératoire en cas d’urgence..J’accuse le coup, je préviens papa, difficile d’admettre que l’on vivra séparément, chacun de notre côté l’attente de cet événement magique. Tu es le fruit de notre Amour, notre petite pépite, nous t’attendrons tous les deux avec beaucoup d’impatience, d’angoisse et de questions.

Pendant près de trois semaines, j’ai fais des rencontres formidables, découvert l’envers d’un service de grossesse pathologique, prêté mon corps à la science ou presque, (j’ai fais ce que j’ai pu pour faciliter l’examen de fin d’année d’une chouette élève sage femme !). Je me suis beaucoup reposée, j’ai écouté en boucle l’album d’ASA, bercée pendant mes nombreuses siestes…

Une petite contrariété, une mauvaise nuit, de nouveaux saignements..Les médecins craignent une hémorragie..On est dimanche, je prend mon mal en patience, je prie que tout tienne le coup, que tu puisses rester encore un peu au chaud, prendre du poids, terminer ton voyage  vers la vie naturellement..A cause de cet événement, les médecins se posent beaucoup de questions, ils pensaient te faire venir au monde de façon programmée, par césarienne, ils pensaient que papa pourrait être à nos côtés, ils pensaient pouvoir m’anesthésier à moitié..J’ai vraiment hâtes de te découvrir et à la fois je redoute ce moment, cette rencontre..Papa et moi on patiente, tu seras là bientôt, bientôt..

Papa planche depuis des jours sur ton faire part, annoncer ta venue au monde nous tiens à coeur, on a choisit ton prénom..Téa (court, doux, joli, simple, sans H, pour te faciliter la tâche plus tard sur les bancs de l’école). On souhaite te donner un deuxième prénom, j’aime beaucoup June, papa aussi, et puis on se doute bien que tu arriveras plus tôt que prévu, alors si ta venue se fait en mai, June sera comme un clin d’oeil à ton histoire !

Ils ont pris leur décision, trop risqué d’attendre plus longtemps, rien de naturel, tout sera programmé, encadré. Je reçois la visite de l’anesthésiste qui m’explique que finalement je serais totalement endormie, papa ne pourra pas être là..Il me propose de monter au service de néonatalogie, y prendre quelques marques, au cas où..

Je n’ai pas beaucoup dormi, j’ai rêvé de toi, je suis angoissée, Je suis réveillée depuis 5:00, j’ai eu le privilège de prendre une douche à la bétadine, je regarde mon gros  bidon nu une dernière fois..Je n’ai pas eu le droit de petit-déjeuner, je dois passer au bloc à 9h00..Tout est réglé comme du papier à musique.. Papa est là dans la chambre à nos côtés, il sait qu’il ne pourra pas nous accompagner jusqu’au bout, il doit se poser un tas de questions, on a pas échangé beaucoup depuis ces dernières semaines, comme pour ne pas inquiéter l’autre plus qu’il ne l’est déjà, on a tout gardé en  nous, on essai de se dire que tout ira bien, que tu vas être la plus belle, que tu seras en forme et que l’on aura pas besoin de monter d’un étage..

On t’as préparé une petite tenue, un petit bonnet. Seul élément au programme de naissance possible..Papa sera là pour t’accueillir, je serai sûrement endormie pendant un long moment, je t’Aime tellement fort, j’aurai tant voulu t’entendre, te voir, te sentir..Papa fera ça très très bien, je le sais, je n’ai aucuns doutes, juste quelques regrets..

Je suis de plus en plus anxieuse, papa est de plus en plus silencieux, les heures passent, il y a eu des urgences plus urgente que la notre..Je suis prête, on vient me chercher, ça y est, c’est le moment, je me dit que quoi qu’il arrive je ne peux rien maîtriser, je ne peux que me laisser porter et prier pour très vite ouvrir les yeux et découvrir ta jolie frimousse..Bientôt, bientôt !

On échange un dernier bisous, un dernier regard, j’essai de ne pas penser à quoi papa peut avoir dans la tête à ce moment là..Il est 12:20, les portes battantes se ferment derrière moi, il fait froid, il y a  plus cosy comme endroit pour mettre au monde un petit bout comme toi, mais je n’ai pas le choix. On m’installe sur la table, j’ai l’impression d’être allongée sur une planche de bois, beaucoup trop de lumière, beaucoup trop de monde (comme un flash à ton séjour futur peu reposant en service de néonat..). Chaque personne se présente, ils sont nombreux, sept, huit..Une d’entre elle me demande comment tu vas t’appeler, par principe je lui explique que je préfère garder ton prénom pour moi, ils l’apprendront plus tard avec papa..

J’espère que papa ne s’angoisse pas trop, j’espère qu’il ne va pas devoir attendre seul trop longtemps, j’espère que tout ira bien. On m’endort doucement, je m’endort très rapidement, il est 12:32..

Je n’ai rien vu, rien entendu, rien senti..Je suis mal, j’entends des voix au loin, comme un malaise en sens inverse, je me réveille de mon anesthésie, j’ai envie de vomir..Encore et toujours trop de lumière, il fait toujours aussi froid..Tu n’es plus en moi, tu es née, tu dois être avec papa, je prie que tout se soit bien passé, je prie pour que tu respires seule..

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Lundi 02 mai 2011, 12:46 ..

Je t’aime tellement fort,

je suis tellement fière de la petite fille que tu es..

Chaque jour encore plus..

Tu vas fêter tes quatre ans, bientôt, bientôt..

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